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Passang & Thinlay's blog
26 juin 2009

LA LENTE AGONIE DU PEUPLE TCHOUKTCHES

Voilà pas loin de quinze ans que Frédéric Tonolli connaît les Tchouktches. Une partie de ce peuple vit tout au bout de l'Extrême Orient, au bord du détroit de Béring. Réalisateur et caméraman, Frédéric Tonolli a vécu de longs mois en leur compagnie. Trois années, au total, depuis son premier reportage sur ces « Seigneurs de Béring » (prix Albert-Londres en 1996). Thalassa a présenté « La mort d'un peuple », film exceptionnel tourné pendant dix ans.TCHOUKTCHE

En partageant leur quotidien, le reporter s'est lié d'amitié avec Andreï, Sergueï, Irina et les autres. Ils vivent à Ouélen, un village de 769 habitants tourné vers la mer. Chasse au morse ou à la baleine, marches, fêtes, discussions avec Joukov le chauffagiste devant son fourneau à charbon. Sous le cercle polaire, l'hiver est long et rude. Si le ciel est très clair, on voit l'Alaska, juste en face. La caméra tourne encore.

Autrefois, du temps de l'URSS, ces Tchouktches du littoral avaient abandonné leur activité de chasseurs. L'Etat les salariait, comme la centaine de Russes installés au village. Aujourd'hui, ces derniers touchent de modestes traitements de fonctionnaires, qu'ils complètent en distillant de la vodka. Les Tchouktches, eux, chassent à nouveau

La mer change, l'alcool ronge, les suicides se multiplient

L'alcool, que ce peuple ne connaissait pas, ronge peu à peu l'âme tchouktche. Leur organisme ne peut pas l'assimiler, et leur métabolisme le fixe… Les Tchouktches y passent leur salaire, en achètent à crédit. La vodka durcit leurs rapports humains.

Difficile de renouer avec des traditions passées à la javel du totalitarisme. Au « progrès » imposé par l'URSS a succédé la lointaine politique du gouverneur de Tchoukotka jusqu'en 2008, l'oligarque Roman Abramovitch. Le changement climatique change la mer nourricière. Deux ou trois fois l'an, les villageois assistent au débarquement surréaliste de touristes occidentaux, qui posent autour d'eux pour les photos.

 

Frédéric Tonolli, improvisé « scribe » de ce peuple taiseux, comprend en 1999 qu'il enregistre la fin de son histoire : « J'ai compris que je ne reverrai pas certains de mes amis. » Le récit de son film débute cette année-là :

« A mon retour, en 2001, il en manquait déjà. Le compte à rebours avait commencé. »

 

Les suicides touchent toutes les familles ; trois enfants de moins de 15 ans pour la seule année 2005. Pour les autres, l'agonie continue.

(Voir la bande-annonce).


Thalassa - La mort d'un peuple par rue89

 

 

Cette lente tragédie, Frédéric Tonolli la raconte avec pudeur, poésie et retenue, sans excès d'esthétisme malgré des paysages impressionnants. Le réalisateur a vécu la vie des Tchouktches ; il nous la montre, dans toute sa richesse et sa tristesse. Son film n'est pas larmoyant, mais des larmes viennent car ce destin serre le coeur.

 


LES ENFANTS DE LA BALEINE - Livre 2 (EXTRAIT)

Sources:Rue 89

 

 

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Commentaires
B
Exceptionnel ce film documentaire!<br /> c'est malheureusement l'histoire du monde moderne, les gros colonisent les petits et les "civilisent" à leur image et le résultat est catastrophique!<br /> Les petits peuples meurent et le monde n'a plus d'âme...
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